DANS LES BRAS DE POSÉIDON

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Voici quelques mots dans l'espoir de vous faire vivre un petit bout de ce qui restera pour nous un souvenir d'aventure.
Vous l’aurez compris, voilà des mois que nous attendions tous de partir naviguer à bord d’un Kraken remis à neuf. Eh bien voilà : nous quittons la terre ferme ! Et quand l’émotion est collective, c’est chacun qui se met à flotter, porté par la force d’un équipage soudé, curieux de découvrir et rempli d’espoirs pour l’avenir de Wings Of The Ocean. Alors l’un crie comme un loup en haut du mât, l’autre laisse échapper quelques larmes qui se mêleront à l’immensité bleue salée, et d’autres encore se taisent, par pudeur, ou pour ne pas manquer une seconde de ce qui deviendra plus tard un souvenir au goût de victoire. 
 
 
En route vers l’aventure, les 28 membres d’équipage quittent Savonne en Italie, pour longer les côtes italiennes durant 4 jours à destination de Sète en France. Les vents d’est sont l’occasion de se former aux manoeuvres à la voile, encadrés par les matelots de l’équipage et le capitaine. Nous prenons également le pli des quarts de navigation qui scindent l’équipage en quatre et nous privent de nos moments tous ensemble. Nous sommes devenus des apprentis marins qui se croisent au petit matin ou tard le soir, quand l’un se lève, l’autre se couche. Mais le sourire complice est là, même dans la fatigue du rythme qui se décale, nous sommes solidaires, emphatiques et courageux. Nous sommes tous dans le même bateau, va dormir, je veille à mon tour. 
 
Et qui sait, si je garde le bon oeil ouvert, peut-être verrai-je d’autres créatures de Poséidon ? Nous avons vus quelques dauphins jouer avec l’étrave du Kraken, ainsi que des globicéphales, parfois solitaires, parfois en groupes, toujours magiques. 
 
 
 
 
La grande majorité d’entre nous ne connaissait pas la mer avant de partir, quelle découverte… C’est un monde à part, un endroit d’où le monde des humains semble tout petit. Un désert liquide, salé, tantôt plat, tantôt caractériel. L’océan est immensément plus puissant que le plus fort d’entre nous. Et sur une coque de métal qui flotte au milieu de tout ça, il n’y a que l’esprit d’équipage qui peut faire tenir. Nous avons eu l’occasion de tester notre cohésion ainsi que nos réactions en situation d’urgence.
 
 
Le dernier jour de traversée s’est révélé être une épreuve pour beaucoup d’entre nous. Le vent a forci, les vagues se sont creusées jusqu’à attendre 2m75 de creux et le Kraken a entamé une longue danse qui a duré tout le jour jusqu’au soir. Beaucoup en ont d’ailleurs profité pour faire de rapides inventaires de leurs estomacs. Et les ennuis ont commencé. En pleine manoeuvre guidée par le capitaine, quelqu’un a remarqué que notre annexe (le zodiac) commençait à se faire dangereusement la malle de l’arrière du bateau ! Ni une ni deux, nous l’arrimons en urgence à un bout qui trainait là et nous voilà à tirer dessus de toutes nos forces… Oh Hisse ! Clac ! Le bout a rompu, nous voilà tous tombés sur les planches trempées du pont arrière et l’annexe renversée s’éloigne désormais dans les vagues. Coup de chance tout de même, la SNSM nous accompagnait depuis quelques minutes avec un journaliste local à leur bord. Ils ont donc pu la récupérer, avec toute notre gratitude.
 
 
 
 
« Affalage d’urgence ! » crie maintenant le capitaine. Manoeuvre simple, mais le vent est si fort que nous devons nous jeter sur la voile de trinquette comme dans un rodéo mené par le vent. Et puis, une fois l’adrénaline passée, c’est notre patience qui va être mise à l’épreuve. Maintenant il faut tenir encore 7 heures jusqu’au port, avec l’estomac qui fait de la zumba et le Kraken qui s’essaye au twerk dans les creux de vague. La plupart tentent de dormir à l’intérieur pour économiser leurs forces, pendant qu’on se soutient sur le pont arrière autour de la barre. On se raconte des histoires, des blagues, on se tend la main quand l’équilibre nous fait défaut. L’équipage du Kraken est en train de naître, pour de vrai, dans la tempête.
 
 
Arrivés au port de Sète dans la nuit, tout redevient si calme, comme si cette nuit n’avait été qu’un rêve. 
Visiblement, Poséidon n’aura pas eu raison de toutes nos forces, nous avons encore l’anniversaire de Meryl à fêter, et celui de Morgane demain !
 
 
Cette première traversée nous aura autant appris la beauté que la férocité d’un milieu hostile, dans lequel nos compétences croisent notre volonté pour mener un projet de monde meilleur à bon port.
 
 
Merci à Guillaume (alias Colibri Musique) pour le texte 

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