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Déchets marins en Mer des Caraïbes

Le présent document a été préparé dans le cadre de la mission du voilier Kraken consacrée aux déchets marins et à la préservation de l’environnement marin et à sa biodiversité par Camille HERVY, océanographe diplômée de l’Observatoire des Sciences de l’Univers – Institut Pythéas, membre de la campagne océanographique PELGAS 2016 de l’IFREMER, auteur de l’article scientifique « Doray, M., Hervy, C., Huret, M., & Petitgas, P. (2017).

Spring habitats of small pelagic fish communities in the Bay of Biscay. Progress in Oceanography. »
Volontaire de Solidarité International en Asie auprès des enfants défavorisés, écogarde de la Réserve Naturelle Régionale Confluence Garonne-Ariège été 2017 et professeur contractuel de Science et Vie de la Terre en collège.

La pollution plastique des caraïbes.

 La mer des Caraïbes comprend 35 pays dont 17 îles. Seconde plus grande mer du monde, elle est le coeur de la biodiversité de l’Atlantique avec plus de 12046 espèces marines dont 13% sont endémiques. Parmi les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers, nous retrouvons plus de 1400 espèces de poissons et 76 de requins. Malheureusement les menaces pèsent sur cette riche biodiversité et les écosystèmes marins caribéens sont en danger. Le réseau trophique qui est constitué par un ensemble de chaînes alimentaires est le lien entre toutes les espèces. S’il est impacté en un point alors c’est l’ensemble de l’écosystème qui en subira les conséquences. Aujourd’hui cette réalité s’impose. Pour ne prendre que l’exemple des récifs coralliens, ceux-ci sont les plus dégradé en mer des Caraïbes avec une réduction de 80 % de leur couverture (Fig.1) et une réduction de la densité de poissons de récifs de 2,5% à 6% [3].


De nombreuses espèces disparaissent chaque mois compte tenue de l’insouciance humaine. La réduction des espaces marins, la pollution et la surpêche en sont le moteur. Pendant que des déchets plastiques ressemblent à des proies, d’autres sont de véritables pièges dérivant dans lesquels les prédateurs viennent se prendre. De nombreuses tortues en font notamment les frais comme l’indique leur statut de conservation par l’UICN.

Carte des déchets marins en mer des caraibes
Tortue imbriquée

Tortue imbriquée

(Eretmochelys imbricata)
Danger Critique d’Extinction
Tortue Verte

Tortue verte

(Chelonia mydas)
En Danger
Tortue Luth

Tortue luth

(Dermochelys coriacea)
Vulnérable
Tortue Caouanne

Tortue caouanne

(Caretta caretta )
Vulnérable

Les déchets marins et leurs impacts.

Le cycle perpétuel de l’eau est à la source de la vie. Les fleuves et rivières viennent se jeter dans la mer avec tout ce que l’eau peu transporter. Matières plastiques et détritus en tous genres parcourent ainsi des milliers de kilomètres loin de ceux qui les ont déversés. Souvent jetés voire déversés intentionnellement ou emportés par le vent, la mer en devient le réservoir.
Leur dégradation est lente et continue d’impacter l’environnement pendant des années. Les particules qui en résultent se retrouvent dans les estomacs des cétacés, des poissons et oiseaux marins qui sont leurrés. S’ils ne meurent pas directement, ils continueront d’en ingérer ce qui amenuise rapidement leurs chances de survie. Des constats récents montrent que des cétacés échoués ont été retrouvés avec plusieurs kilos de plastiques en tout genre dans leur intestin.
Plus destructeur encore et ennemi de la faune, placé en haut de la liste des plus impactants, le matériel de pêche perdu, abandonné ou rejeté (principalement les filets maillants et les casiers) continuent à capturer au gré de leur dérive.

Les filets de pêche dérivent quand ils ne restent pas coincés dans les écosystèmes benthiques et continuent de piéger pendant plusieurs mois voire années, la faune cible et non cible comme les tortues, oiseaux de mer et mammifères marins. Ces filets dits «fantômes» et engins de pêche sont un vrai fléau qui tuent aisément et de façon lente l’individu qui s’y retrouve coincé. Pour donner quelques exemples, s’ils perdent des pièges, 24% des pêcheurs de Porto Rico sont dans l’incapacité de les retrouver et de les repêcher [4]. Dans les eaux de la Guadeloupe, des 40 000 pièges posés, environ 20 000 sont perdus chaque année durant la saison des ouragans [5, 6]
Bien que la mer constitue une ressource économique essentielle dans de nombreux domaines, touristiques, professionnels, sa dégradation continue affectant petit à petit les populations locales et inquiétant plus globalement de nombreuses personnes à travers le monde, dont l’équipage du Kraken.

Bibliographie

•1

Huggins, A. E., Keel, S., Kramer, P., Nunez, F., Schill, S., Jeo, R., … & Tingey, R. (2007). Biodiversity conservation assessment of the insular Caribbean using the Caribbean Decision Support System. Arlington (VA): The Nature Conservancy, summary report

•2

Costello MJ, Coll M, Danovaro R, Halpin P, Ojaveer H, Miloslavich P (2010) A Census of Marine Biodiversity Knowledge, Resources, and Future Challenges. PLoS ONE 5(8): e12110. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0012110

•3

Augier, D. (2010). Les écosystèmes marins de la Caraïbe: identification, diffusion et modes de gestion. Études caribéennes, (15).

•4

Schärer, M., Prada, M., Appeldoorn, R., Hill, R., Sheridan, P. & Valdés-Pizzini, M. (2004). The Use of Fish Traps in Puerto Rico: Current Practice, Long-term Changes, and Fishers’ Perceptions. 55th Gulf and Caribbean Fisheries Institute GCFI: 55.

•5

Burke, L. M., Maidens, J., Spalding, M., Kramer, P., & Green, E. (2004). Reefs at Risk in the Caribbean.

•6

Macfadyen, G., Huntington, T., & Cappell, R. (2009). Abandoned, lost or otherwise discarded fishing gear (No. 523). Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO).

Déchets marins en Mer des Caraïbes

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